Rarement une distribution aura autant ressemblé à une troupe sortie d’un rêve étrange que celle de Pauvres créatures. Entre science-fiction baroque, comédie noire et romance détraquée, le film orchestre un véritable ballet d’acteurs et d’actrices qui composent des personnages plus grands que nature, comme sur une scène de théâtre où chaque interprétation pousse la dramaturgie très loin. Autour d’Emma Stone, Mark Ruffalo et Willem Dafoe, s’agrègent une série de rôles secondaires ciselés, portés par des comédiens venus d’horizons variés, rappelant les grands castings choraux d’auteurs contemporains. Le résultat : un univers cohérent, malgré sa folie visuelle, où la moindre apparition contribue à la sensation de feuilleter une véritable pièce victorienne réinventée, peuplée de savants fous, d’amants ridicules, de courtisanes affranchies et de silhouettes grotesques. Comprendre qui incarne qui, comment ces rôles se répondent et quelle logique secrète guide ce casting permet de saisir plus finement le projet de Yorgos Lanthimos.
En bref : la distribution de Pauvres créatures
– Panorama complet du casting de Pauvres créatures, des têtes d’affiche jusqu’aux seconds rôles au charme singulier.
– Focus sur la construction du personnage de Bella Baxter et sur la manière dont Emma Stone module son jeu entre enfant naïve et femme affranchie.
– Analyse du duo explosif formé par Mark Ruffalo et Willem Dafoe, moteurs comiques et tragiques de cette dramaturgie déjantée.
– Zoom sur les figures secondaires (Ramy Youssef, Christopher Abbott, Margaret Qualley, Hanna Schygulla, etc.) qui densifient l’univers comme dans une grande pièce de théâtre.
– Présentation de Yorgos Lanthimos, de son style de mise en scène et de son travail de direction d’acteurs, en lien avec son scénariste Tony McNamara et la musique de Jerskin Fendrix.
– Comparaisons avec d’autres distributions marquantes du cinéma d’auteur pour replacer Pauvres créatures dans une tradition de castings inventifs.
Distribution de Pauvres créatures : un casting pensé comme une grande pièce de théâtre
La distribution de Pauvres créatures se lit comme l’affiche d’une grande pièce jouée dans un théâtre imaginaire, quelque part entre Londres victorienne et cabaret rétrofuturiste. Le film repose sur un dispositif très proche du plateau : des décors stylisés, une lumière quasi picturale, des mouvements de caméra qui entrent et sortent des pièces comme un régisseur discret. Dans cet espace clos-ouvert, les acteurs deviennent des silhouettes dramatiques qui se croisent, se heurtent, se fuient, comme si chaque scène annonçait un changement d’acte.
Ce choix de casting ne se limite pas à réunir des noms prestigieux. Yorgos Lanthimos convoque un ensemble de présences capables de supporter un univers esthétiquement très chargé. Les visages, les corps et les voix constituent une part du décor, au même titre que les costumes extravagants ou les architectures irréalistes. Dans cette perspective, la distribution devient un outil de dramaturgie à part entière : on lit l’histoire sur les traits des comédiens autant que dans les dialogues.
Un fil rouge traverse cette troupe : chaque rôle, même minuscule, semble taillé comme un personnage de roman gothique. John Locke en David, Vivienne Soan en duchesse, Owen Good en Gerald ou Kate Handford en Kitty, tous possèdent un détail physique ou psychologique qui les rend immédiatement identifiables. Cette approche rappelle la richesse de certains castings à dominante chorale que l’on retrouve aussi bien dans le cinéma d’auteur que dans certaines séries, à l’image de ce que propose l’analyse de la distribution d’un film comme La French, où chaque second rôle devient un rouage indispensable.
Lanthimos travaille ses interprètes comme une troupe permanente. Beaucoup ont déjà croisé son univers ou semblent faits pour lui. Ils acceptent de s’y soumettre pleinement, de déformer leur jeu, parfois leur image, pour épouser cette tonalité singulière. On se rapproche là d’une logique de compagnie théâtrale, où chaque arrivée au générique donne l’impression de retrouver une famille élargie, prête à jouer une nouvelle variation d’une même fable tordue.
Dans ce contexte, la présence d’un grand nombre de petites apparitions – médecin, chirurgien de l’école de médecine de Paris, serveur, musicien de restaurant à Lisbonne, steward sur une passerelle de bateau – contribue à l’illusion d’un monde global. Le travail de Laurent Winkler, par exemple, en chirurgien à la faculté de médecine parisienne, ajoute une couleur spécifique, presque burlesque, à la séquence. De même, la figure du musicien de restaurant portugais (incarné par Jerskin Fendrix, par ailleurs compositeur de la bande originale) souligne la dimension presque performative du film : un artiste passe d’un espace sonore à un rôle visible, comme si la frontière entre fosse d’orchestre et plateau s’abolissait.
Ce jeu de correspondances renvoie à une manière très particulière de penser le casting : non comme une simple liste de noms, mais comme une cartographie des intensités. Chaque comédien amène une énergie, un rythme, une musicalité. Rassemblés, ils composent un grand orchestre dramatique, où les thèmes se répondent et se déforment. C’est cette conception, très théâtrale, qui donne au film sa densité.
Du roman d’Alasdair Gray à l’écran : dramaturgie et adaptation
Adapté du roman d’Alasdair Gray publié en 1992, Pauvres créatures devait résoudre un défi : transformer une matière littéraire foisonnante en véritable matière scénique. Le scénariste Tony McNamara, déjà complice de Lanthimos, a travaillé le texte comme un dramaturge qui taille dans un roman-fleuve pour en tirer une partition jouable. Les personnages y gagnent en présence physique ; ils sortent des pages pour occuper l’espace, avec leur façon de se tenir, de marcher, de se taire.
Cette transposition rappelle la manière dont certaines œuvres changent de nature lorsqu’elles passent du livre à la scène. Le film ne cherche pas à tout raconter, mais à tout faire sentir : la confusion des identités, la cruauté sociale, la quête d’émancipation féminine. Pour cela, la direction d’acteurs devient capitale. Le texte écrit par McNamara sert de canevas, mais c’est le travail du jeu, nourri par les indications de Lanthimos, qui donne à la dramaturgie sa puissance. À plusieurs reprises, les scènes ressemblent à des tableaux mouvants, proches du théâtre de répertoire, où l’interprétation prime autant que la réplique.
Le passage du roman à l’écran offre un parallèle intéressant avec d’autres adaptations audacieuses. Au même titre qu’un film comme Mulholland Drive et son casting labyrinthique, Pauvres créatures utilise sa distribution pour brouiller les pistes entre rêve et réalité, entre satire et mélodrame. Les comédiens deviennent les vecteurs de cette ambiguïté permanente.
Cette vision d’ensemble prépare le terrain au cœur battant du film : Bella Baxter et celles et ceux qui gravitent autour d’elle.
Emma Stone en Bella Baxter : un rôle-monstre au centre de la distribution
Au centre de cette architecture se trouve Bella Baxter, véritable météore dramatique, portée par Emma Stone. La transformation de cette dernière, déjà remarquée pour son sens de la comédie et de la nuance, atteint ici une ampleur peu commune. Bella, ressuscitée après un suicide, vit avec le cerveau de son enfant à naître transplanté dans son corps d’adulte. La performance exige un mélange délicat de maladresse infantile, de curiosité insatiable et d’intelligence fulgurante, le tout dans un monde qui la sexualise et la juge en permanence.
Emma Stone module son jeu comme si elle traversait plusieurs styles d’interprétation. Au début, son corps semble lourd, inadapté, presque pantin. Le regard se perd, la diction hésite, les gestes sont exagérés, comme si un nourrisson pilotait un organisme trop grand. Peu à peu, la démarche se stabilise, la voix se pose, la gestuelle gagne en précision. Ce processus rappelle la progression d’un personnage de théâtre qui entrerait sur scène sans texte, pour le découvrir au fil des répliques, jusqu’à prendre le contrôle de la pièce.
Le film fonctionne alors comme un parcours initiatique, où Bella traverse les espaces sociaux – maison du savant, salons bourgeois, bateaux de croisière, maisons closes, amphithéâtres médicaux – à la manière d’une héroïne de conte philosophique. À chaque étape, Emma Stone adapte sa physicalité : plus elle comprend le monde, plus elle impose sa présence, jusqu’à renverser les rapports de force avec ses partenaires masculins.
Ce basculement s’observe dans la manière dont les autres personnages la regardent. Au début, ils projetent sur elle fantasmes, domination, paternalisme. À mesure que Bella s’affirme, leur pouvoir se fissure et la dramaturgie se retourne : celle qui semblait objet de l’histoire en devient le sujet principal. Emma Stone tient ce virage sans jamais perdre de vue le trouble originel du personnage. Le spectateur voit à la fois la femme libre qu’elle devient et l’être expérimental qu’elle demeure.
Pour illustrer cette évolution, beaucoup de critiques comparent le rôle à ceux proposés dans des classiques portés par des héroïnes en métamorphose. Comme dans certaines séries centrées sur des femmes en quête de contrôle de leur narration, Bella utilise les codes imposés pour finalement les subvertir. L’actrice joue constamment sur la frontière entre comique et tragique, entre joie physique et violence symbolique. Cette ambiguïté donne au film une force qui dépasse largement le simple exercice de style visuel.
Le rapport aux partenaires masculins : une chorégraphie de domination inversée
Le jeu d’Emma Stone prend une dimension particulière lorsqu’il se confronte à ses partenaires masculins. Avec Mark Ruffalo, l’alchimie repose sur un renversement progressif : au départ, il adopte la posture du mentor libertin, sûr de sa séduction. Puis, scène après scène, le personnage se retrouve dépassé par l’énergie et la liberté de Bella. L’actrice orchestre ce renversement par de minuscules variations de ton : un silence gardé plus longtemps, un éclat de rire inattendu, une réplique désarmante.
Face à Willem Dafoe, la relation est d’une autre nature. Entre créateur et créature, père et sujet d’expérience, la dynamique rappelle certains duos de pièce tragique, où l’apprenti finit par échapper à son maître. Emma Stone oppose au visage balafré de Dafoe un mélange de tendresse et de rébellion, qui rend leurs échanges particulièrement denses. Là où une dramaturgie classique aurait pu insister sur la vengeance ou le rejet, le film explore une gamme plus trouble, où l’affranchissement ne passe pas nécessairement par la haine.
Ce travail sur les interactions fait de Bella Baxter un rôle pivot dans la distribution : elle est le miroir qui révèle les failles, les lâchetés ou les illusions des hommes qui prétendent la guider. Emma Stone en fait une sorte de sismographe moral, tout en gardant la fantaisie et le rire comme armes principales.
Cet équilibre subtil prépare la rencontre avec les autres pôles de la distribution, à commencer par Mark Ruffalo et Willem Dafoe.
Mark Ruffalo et Willem Dafoe : piliers masculins de la distribution de Pauvres créatures
La distribution de Pauvres créatures s’appuie sur deux piliers masculins dont la présence structure la trajectoire de Bella : Mark Ruffalo et Willem Dafoe. Le premier incarne un avocat séducteur, Duncan Wedderburn, caricature vivante du dandy décadent. Le second prête son visage sculpté à Godwin Baxter, chirurgien-généticien au passé traumatique, figure à la fois monstrueuse et profondément humaine. Ensemble, ils forment une sorte de diptyque masculin qui illustre deux modes de domination patriarcale, l’un par le désir, l’autre par le savoir.
Mark Ruffalo joue ici contre son image habituelle de héros doux ou de compagnon rassurant. Son Duncan est hystérique, vaniteux, souvent ridicule. Il surjoue le charme, évoquant les grands séducteurs de la comédie classique, mais transportés dans un univers steampunk. Cette exagération sert la dramaturgie : plus il tente de garder la main, plus Bella le dépasse, jusqu’à en faire une figure pathétique. Le travail corporel de Ruffalo – chutes, gestes brusques, regards effarés – confine parfois au burlesque.
Willem Dafoe, lui, s’inscrit dans une tonalité plus tragique. Son visage, marqué de cicatrices, traduit une histoire de mutilation et de reconstruction qui fait de Godwin Baxter un véritable personnage de tragédie. Il évoque ces rôles de savants brisés que l’on retrouve dans certaines grandes œuvres gothiques. Dafoe adopte une diction lente, presque professorale, qu’il fissure par des sursauts d’émotion ou de colère. Il tient en équilibre permanent entre l’inhumain – l’homme qui joue avec la vie – et l’humain, inquiet, parfois attendri par sa créature.
Ce contraste entre Ruffalo et Dafoe enrichit la structure du film. L’un incarne la tentation de l’échappée romantique, du voyage et des plaisirs ; l’autre représente la maison, le laboratoire, la connaissance, mais aussi la prison originelle. Bella se construit en s’éloignant de l’un comme de l’autre, les renvoyant chacun à leur propre impuissance. Le jeu des deux comédiens, d’une grande précision, permet à la mise en scène de Lanthimos de varier les registres sans perdre le fil.
Pour mieux cerner la place de ce duo, il peut être intéressant de comparer la façon dont d’autres films organisent leurs grandes figures masculines. La distribution de Dents de la Mer, par exemple, repose aussi sur un trio masculin aux énergies contrastées. Pauvres créatures adopte une logique similaire, mais autour d’une héroïne qui finit par redistribuer toutes les cartes.
Une partition comique et tragique au service de la mise en scène
Les prestations de Ruffalo et Dafoe ne prennent leur plein sens que replacées dans la mise en scène très contrôlée de Yorgos Lanthimos. Robbie Ryan, directeur de la photographie, compose des plans qui ressemblent à des cadres de scène, souvent frontaux, où les comédiens disposent de l’espace comme sur un plateau. Les mouvements des corps, des mains, des regards deviennent aussi importants que les mots.
Le montage de Yorgos Mavropsaridis soutient cette approche en jouant sur la durée des plans. Certains échanges sont laissés presque intacts, comme des morceaux de pièce filmée, où les silences gênés ou les rires forcés de Ruffalo produisent un comique inconfortable. D’autres moments, plus dramatiques, sont resserrés, créant une tension autour du visage de Dafoe, dont chaque tic exprime une fêlure.
Ce travail visuel est renforcé par les costumes de Holly Waddington et les maquillages de Nadia Stacey, associés aux effets spéciaux de Mark Coulier et Josh Weston. Godwin Baxter porte ses cicatrices comme un masque tragique, tandis que Duncan Wedderburn change de tenue comme s’il changeait de rôle dans une comédie boulevardière. La distribution ne se contente pas de réciter un texte ; elle occupe l’espace avec une conscience aiguë de ce que le film doit à l’esthétique du théâtre et de la peinture.
Autour de ces figures majeures gravitent des seconds rôles qui, loin d’être accessoires, constituent la trame riche d’un monde en expansion.
Second rôles et figures marquantes : une distribution foisonnante
Au-delà du trio Emma Stone / Mark Ruffalo / Willem Dafoe, la distribution de Pauvres créatures se distingue par la présence de nombreux seconds rôles marquants. Ils évoquent ces silhouettes de pièce bien écrite, qui n’apparaissent parfois que quelques minutes mais restent en mémoire. Ramy Youssef, Christopher Abbott, Margaret Qualley, Hanna Schygulla, Kathryn Hunter ou encore Suzy Bemba composent un chœur de voix qui donnent au film sa texture de fable mondiale.
Ramy Youssef apporte une tonalité plus douce, presque mélancolique, en contrepoint des excentricités de Duncan. Christopher Abbott incarne une forme plus sombre de masculinité, plus violente et plus rigide, qui renvoie la protagoniste à la brutalité sociale de son époque. Margaret Qualley, quant à elle, joue avec le registre de la femme indépendante, tout en en montrant les limites dans une société encore corsetée. La présence de Hanna Schygulla, figure historique du cinéma européen, ajoute une dimension de filiation : comme si le film dialoguait avec toute une tradition de personnages féminins puissants et ambigus.
Ce réseau de rôles est complété par une série de personnages aux fonctions très précises : le steward sur la passerelle du bateau (Miles Jovian), le chirurgien de l’école de médecine parisienne (Laurent Winkler), le musicien du restaurant lisboète (Jerskin Fendrix), David (John Locke), Gerald (Owen Good), la duchesse (Vivienne Soan), Kitty (Kate Handford), les enfants comme le « fils 2 » (Donovan Fouassier) ou Emma Hindle dans un rôle plus furtif. Chacun contribue à ancrer Bella dans des contextes différents – scientifique, mondain, maritime, populaire – composant un atlas humain très varié.
Ce soin accordé aux seconds rôles rappelle la manière dont certains films français construisent des univers complets par le choix de leurs silhouettes. L’analyse de la distribution de La Haine montre par exemple comment des personnages secondaires dessinent un paysage social précis. Pauvres créatures suit une logique comparable, mais dans un registre fantaisiste : chaque apparition révèle un pan supplémentaire de l’univers, de la médecine expérimentale aux salons bourgeois, des ports animés aux bordels.
Pour apprécier cette richesse, il peut être utile de la résumer sous forme de tableau, comme on le ferait pour l’affiche d’une grande production théâtrale :
| Acteur / Actrice | Personnage | Fonction dramatique |
|---|---|---|
| Emma Stone | Bella Baxter | Héroïne en métamorphose, centre de la dramaturgie |
| Mark Ruffalo | Duncan Wedderburn | Amant séducteur, figure comique et pathétique |
| Willem Dafoe | Godwin Baxter | Savant créateur, père monstrueux et tragique |
| Ramy Youssef | (personnage secondaire) | Compagnon plus doux, contrepoint émotionnel |
| Christopher Abbott | (figure masculine dure) | Rappel de la violence sociale et conjugale |
| Margaret Qualley | (femme indépendante) | Variation sur l’émancipation féminine |
| Hanna Schygulla | (figure d’autorité) | Lien avec une tradition du cinéma européen |
Cette vision synthétique permet de mesurer comment la distribution s’équilibre entre grands rôles structurants et présences plus discrètes mais déterminantes.
Une troupe à la croisée du cinéma d’auteur et du spectacle populaire
L’un des atouts de cette distribution tient au fait qu’elle mêle des visages très connus à d’autres presque inconnus du grand public. Cette combinaison crée un effet de surprise permanent. Le spectateur reconnaît certains acteurs de premier plan, tout en découvrant des interprétations inattendues de comédiens moins médiatisés. Ce mélange évoque la façon dont certaines séries ou films récents jonglent avec les notoriétés pour construire un univers crédible et dépaysant.
À ce titre, la distribution de Pauvres créatures dialogue avec d’autres projets où la ligne entre cinéma d’auteur et spectacle populaire devient plus poreuse. Des œuvres décrites dans des analyses comme celles de la distribution des Crevettes pailletées montrent comment une troupe diverse peut créer un ton singulier. Ici, Lanthimos applique ce principe à un conte rétrofuturiste, faisant cohabiter acteurs confirmés, nouvelles têtes, et même membres de l’équipe technique passant devant la caméra (comme Fendrix).
Ce choix nourrit l’impression que le film pourrait être rejoué, comme une grande pièce, dans des théâtres imaginaires du monde entier, chaque pays recomposant la troupe à sa manière. Pauvres créatures donne envie de rêver à d’autres versions, d’autres distributions, où la dramaturgie serait la même mais l’incarnation changerait, comme c’est le cas dans les grandes œuvres du répertoire théâtral.
Yorgos Lanthimos, l’équipe artistique et la direction d’acteurs : le moteur caché du casting
Derrière cette distribution foisonnante se trouve un réalisateur au style bien marqué : Yorgos Lanthimos. Connu pour ses films troublants mêlant absurdité, violence sourde et humour noir, il travaille ses comédiens comme peu de cinéastes contemporains. Sa collaboration avec le scénariste Tony McNamara, déjà à l’œuvre sur d’autres projets, assure une base textuelle solide, mais c’est dans le travail de plateau que se joue la singularité du film.
Lanthimos exige de ses acteurs une forme de déconditionnement. Beaucoup évoquent des répétitions où les répliques sont dites de manière neutre, presque mécanique, avant de retrouver une vie plus tard. Ce procédé, proche de certains exercices de théâtre contemporain, permet de casser les automatismes de jeu et de faire surgir des intonations inattendues. La dramaturgie ne naît pas d’une psychologie réaliste classique mais d’une écoute fine entre les corps, les silences et l’espace.
L’équipe technique participe pleinement à cette dynamique :
- Robbie Ryan, directeur de la photographie, compose des images qui laissent une grande liberté aux comédiens, tout en les encadrant dans des perspectives très travaillées.
- Johnnie Burn, à la prise de son, capte les souffles, les froissements de tissus, les micro-variations de voix, donnant à chaque interprétation une présence quasi tactile.
- Holly Waddington aux costumes et Nadia Stacey au maquillage et à la coiffure sculptent des silhouettes qui racontent l’évolution des personnages sans avoir besoin de mots.
- Jerskin Fendrix, en compositeur, tisse une musique qui commente parfois ironiquement ce que jouent les acteurs, accentuant l’impression de grande pièce baroque.
Les producteurs – Ed Guiney, Andrew Lowe, Emma Stone elle-même, Yorgos Lanthimos, Ali Herting, Dave McCary – soutiennent cette approche en laissant un espace de recherche et de risque. Les sociétés de production comme Searchlight Pictures, Film4, TSG Entertainment et Element Pictures ont accompagné d’autres projets audacieux ; elles reconnaissent ici la valeur d’une distribution qui ne cherche pas la simple efficacité commerciale, mais une cohérence d’ensemble.
The Walt Disney Company France assure la diffusion locale, laissant à cette œuvre singulière la possibilité de trouver son public, curieux de découvrir un casting d’une telle audace. À mesure que le film circule, les discussions autour des acteurs, des actrices et de leurs personnages se multiplient, comme cela se produit souvent pour les grands films à forte identité, qu’il s’agisse de drames sociaux, de thrillers politiques ou de récits hybrides.
La distribution de Pauvres créatures dans le paysage cinéphile contemporain
Dans le paysage de la cinéphilie actuelle, la distribution de Pauvres créatures occupe une place particulière. Elle rappelle que le casting peut être un geste artistique en soi, au-delà du simple assemblage de stars. Comme pour certaines œuvres analysées à travers leurs ensembles d’acteurs – qu’il s’agisse de polars, de comédies ou de séries chorales – le choix des interprètes exprime un point de vue sur le monde.
En convoquant des comédiens capables de jouer sur plusieurs registres, du grotesque au tragique, Yorgos Lanthimos signe un film qui pourrait presque se voir comme une saison unique d’une série à la dramaturgie dense. Chaque personnage, même fugitif, semble avoir une vie avant et après son passage à l’écran. Cette impression donne envie de prolonger le regard, de se demander ce que deviennent ces figures en dehors du cadre.
Pour les spectateurs comme pour les passionnés de casting, Pauvres créatures offre un terrain d’observation privilégié. Le film rappelle qu’au cinéma, un univers n’existe vraiment que lorsqu’il est incarné. Dans ce cas précis, la rencontre entre une mise en scène singulière et une distribution inventive donne naissance à une œuvre qui se lit aussi comme un hommage au jeu, à la transformation, à la puissance discrète des comédiens, qu’ils soient en haut de l’affiche ou simples silhouettes dans la foule.
Questions fréquentes sur la distribution de Pauvres créatures
Qui incarne Bella Baxter dans Pauvres créatures et en quoi ce rôle est-il particulier ?
Bella Baxter est interprétée par Emma Stone. Le rôle se distingue par sa complexité : Bella est une femme ressuscitée avec le cerveau de son enfant à naître, ce qui oblige l’actrice à combiner gestuelle enfantine, découverte progressive du monde et affirmation d’une liberté radicale. Son évolution traverse plusieurs registres, de la comédie à la tragédie, ce qui en fait l’un des personnages les plus riches du film.
Quels sont les principaux acteurs masculins aux côtés d’Emma Stone ?
Les deux pôles masculins majeurs sont Mark Ruffalo et Willem Dafoe. Mark Ruffalo joue Duncan Wedderburn, avocat dandy et séducteur dont la suffisance se fissure au contact de Bella. Willem Dafoe incarne Godwin Baxter, savant défiguré qui a ramené Bella à la vie. Le premier apporte une dimension comique et pathétique, le second une profondeur tragique et morale.
Le film Pauvres créatures s’appuie-t-il beaucoup sur les seconds rôles ?
Oui, la distribution réserve une place déterminante aux seconds rôles. Ramy Youssef, Christopher Abbott, Margaret Qualley, Hanna Schygulla, Kathryn Hunter, Suzy Bemba ou encore plusieurs comédiens moins connus participent à la construction d’un univers foisonnant. Chacun possède une fonction dramatique précise, comme dans une grande pièce de théâtre, ce qui renforce la densité de l’histoire.
Qui est derrière le scénario et la musique de Pauvres créatures ?
Le scénario est signé Tony McNamara, qui adapte le roman d’Alasdair Gray en collaboration étroite avec le réalisateur Yorgos Lanthimos. La musique originale est composée par Jerskin Fendrix, qui apparaît aussi à l’écran dans le rôle d’un musicien de restaurant à Lisbonne. Son travail musical soutient l’étrangeté du film et dialogue avec le jeu des acteurs.
Comment la mise en scène influence-t-elle le jeu des acteurs dans Pauvres créatures ?
La mise en scène de Yorgos Lanthimos repose sur des cadres très composés, proches d’un dispositif théâtral. Les acteurs disposent d’un large espace de jeu, mais doivent s’accorder avec une esthétique très précise, portée par la photographie de Robbie Ryan, le montage de Yorgos Mavropsaridis et les costumes de Holly Waddington. Cette combinaison pousse les interprètes à explorer des registres inhabituels, entre stylisation et sincérité émotionnelle.
